Le fantôme de Marguerite…

Visiter le château de Couches, c’est plonger dans les entrailles de l’histoire des relations souvent tendues entre la Couronne de France et le Duché de Bourgogne, tout en plongeant dans les entrailles de la forteresse, à la recherche du fantôme de Marguerite !
 
Lors de notre visite le 2 octobre, nous avons été fort bien guidés par Justine, dont le costume « d’époque » (d’époque certes, mais laquelle ?) rehaussait le charme. Mais cette Justine n’avait pas que la tête bien faite ! Ses commentaires emprunts d’humour ont en effet ressuscité en moi certains souvenirs des cours des professeurs Folz et Richard, lesquels faisaient autorité sur toute la période allant de l’époque romaine au Siècle des Lumières, un vaste programme…
 
 
 Sur la via Agrippa
Ce que nous a rappelé justement Justine, c’est que la région de Couches a joué un rôle important dès les temps gallo-romains. Sa position géographique en faisait un verrou entre Lyon et Autun sur la via Agrippa, laquelle se poursuivait ensuite par le val d’Arroux en direction des pays de Loire ou de la Manche. Le commerce devait passer par là, les Eduens le savaient bien ! Un oppidum a très tôt été édifié sur les terres dominant la vallée, puis une abbaye a pris le relais dès le VIIIe siècle – les moines de Flavigny savaient toujours flairer le bon coup…
Au XIe siècle, Gaudry, seigneur de Couches, entreprend la construction d’une forteresse sur l’éperon rocheux dominant la vallée menant au plateau d’Antully. C’est à cette époque que débute la construction de la « tour maîtresse », donjon carré subsistant encore aujourd’hui ; au XVe, on lui a ajouté une petite tour mitoyenne dans laquelle se trouve un escalier plus pratique pour l’accès aux étages. Dans ladite tour, remaniée au fil des siècles, le logis de la duchesse se trouvait au-dessus de la partie réservée au seigneur. Lequel pouvait, du coup, mener la vie qu’il voulait pendant que Madame se morfondait dans son coin – dixit Justine…
 
Impressionnant réseau
Si j’ai parlé des entrailles du château, c’est parce que, dans le sous-sol, se trouve un impressionnant réseau de galeries, taillées dans le roc pour la plupart, permettant de passer d’un point à l’autre de la forteresse sans risquer de s’exposer à un éventuel ennemi. Se balader aujourd’hui dans ces étroits boyaux où règne toute l’année une température propice à la conservation – du vin, par exemple… - est un jeu d’enfant, cat tout est bien éclairé grâce à la fée électricité. Mais il faut s’imaginer quelques siècles plus tôt, avec seulement quelques lumignons par-ci par-là, et des torches de poix qui devaient empester…
Sous la tour de Justice, près de la chapelle – un petit bijou gothique – se trouve une impressionnante citerne, qui laisse à penser que les « culs-de-basse fosse » n’étaient pas vraiment des cabines de luxe... Il paraît qu’ensuite on a utilisé ce lieu comme cellier – la civilisation l’emportait enfin sur la barbarie !
 
Le destin du château et de Marguerite…
A partir de la fin du XIIIe siècle va se nouer le destin de Couches et du château. En 1295, Etienne de Montagu, fils de Hugues III, duc de Bourgogne, épouse en effet Marie de Beauffremont, seule héritière du château et des propriétés attenantes. Le tout passa donc au Duché de Bourgogne, tandis que le village de Couches, avec son prieuré, restait fidèle à la Couronne.
A partir de là, on va commencer à entendre parler de Marguerite de Bourgogne. Par sa mère, elle est la petite-fille de Louis IX (futur Saint Louis), et elle va passer une partie de sa jeunesse dans le château, avant d’être mariée en 1305, à quinze ans, à Louis de Navarre, à peine plus âgé qu’elle. Il deviendra t roi de France sous le matricule et le surnom de « Louis X le Hutin ».
Marguerite n’aura pas le temps de devenir reine, puisqu’en 1314 éclate le scandale dit « de la Tour de Nesle ». Philippe IV le Bel la fait arrêter avec ses deux sœurs Jeanne et Blanche de Bourgogne, pour une histoire qualifiée d’adultère mais qui ressemblait sans doute à une « partouze », que les protagonistes mâles de l’affaire, deux jeunes chevaliers, avoueront sous la « question » - traduisez la torture.
Bref, Marguerite est emprisonnée à Château-Gaillard en Normandie, où on la retrouve morte dans sa cellule le 30 avril 1315. Ceci arrange bien les affaires de Louis, son mari, qui venait d’arranger son remariage avec Clémence de Hongrie et pourra donc monter tranquillement sur le trône…
Une tradition tenace veut qu’en fait Marguerite se soit réfugiée clandestinement dans « son » château de Couches, où elle aurait vécu jusqu’à sa mort en 1333. D’après le docteur Taupenot, un Ancien dont le souvenir est encore parmi nous, ses restes auraient pu être inhumés au prieuré du Val Saint-Benoit. La série « Les Rois Maudits », qui fit les beaux jours de l’ORTF dans les années soixante, a bien sûr retracé ces événements sulfureux dont nos professeurs ne nous disaient pas grand-chose… Mais, si un scénariste décidait de consacrer un téléfilm à Marguerite, il trouverait à Couches un magnifique décor, avec le château superbement restauré.
 
Vicissitudes de l’Histoire
La suite de l’histoire est plus banale, si l’on ose dire : après la défaite et la mort de Charles le Téméraire devant Nancy en 1477, le duché de Bourgogne est rattaché à la Couronne de France, et Couches est réunifié. Le château va subir les vicissitudes de l’Histoire pendant la Révolution, devenant comme tant d’autres une carrière de pierres. Il faudra attendre Prosper (Mérimée) pour que l’on se dise qu’il vaut mieux conserver ces bâtisses léguées par nos ancêtres que d’en dilapider les matériaux.
Heureusement, les propriétaires actuels font un travail fantastique pour faire revivre le château de Marguerite. Lorsqu’il arpente discrètement les souterrains, le fantôme de la belle doit apprécier…
 
Philippe ROY
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Association Anciens Elèves du Lycée Saint-Lazare    B.P. 186 - 71405 AUTUN Cedex
© 2018 Anciens Saint Lazare      Mentions légales
 
Création et gestion site web S&D COULON