21 mai 2016 : grâce à nos « Trois Mousquetaires » parisiens

Après le Grand Siècle (Marly-le-Roi en 2014), le sport (l’INSEP de Vincennes l’an passé), nos Parisiens avait choisi cette année de nous faire rencontrer celui qui est un peu le « père spirituel » de leur sympathique équipe : Alexandre Dumas. Car Jean, Anne-Sophie, Christine et Hélène s’entendent comme les « Trois Mousquetaires » – dont nul n’ignore qu’ils étaient quatre également – et pratiquent la même devise « « Un pour tous, tous pour un » !
 
Samedi 21 mai, les responsables de la branche parisienne de notre association avaient donc donné rendez-vous à Port-Marly, sur le parking de la « clinique de l’Europe ». Parenthèse : bien malade, celle-ci (l’Europe) a en effet bien besoin de soins intensifs…
Mais cette courte cohabitation n’était destinée qu’à obtenir un précieux sésame ouvrant la porte du magnifique parc de la demeure que s’est imaginée Alexandre Dumas. Le « Château de Monte-Cristo »… De quoi en faire rêver plus d’un !
Quel fantastique personnage, en effet, que le père de d’Artagnan et de Monte-Cristo – pour ne citer que les plus célèbres des milliers de ses enfants littéraires. Romancier, homme de théâtre, journaliste, écrivain-voyageur, ce « quarteron »* né à Villers-Cotterêts le 24 juillet 1802 – la même année que l’immortel auteur de « Ce siècle avait deux ans »… qu’il rejoindra un jour au Panthéon – il a été l’un des plus prolifiques et des plus exubérants de la littérature française, lui dont « la vie était un roman et dont les romans furent sa vie »
 
La boulimie d’Alexandre…
 
Pour mieux le découvrir, il faut aller dans cette demeure féérique qu’il s’est bâtie dans l’ouest parisien, à quelques lieues de Saint-Germain-en-Laye et de Versailles. Dumas la commence en 1844. Il est alors au faîte de sa gloire. Les feuilletons qu’il vient de donner dans la presse ont connu le triomphe : chaque jour on s’arrachait « Le Siècle » et le « Journal des Débats » où paraissaient respectivement, presque en parallèle, les aventures de d’Artagnan et celles d’Edmond Dantès ! 
Heureux temps où la presse écrite était le seul « media », et où les lecteurs avaient de la patience… C’est bien différent de notre époque où l’on veut tout, tout de suite. Imagine-t-on que « Harry Porter », au succès éditorial comparable à celui des œuvres de Dumas, ait paru à raison de deux pages par jour sur un des « réseaux sociaux » ?
Alexandre – il nous permettra cette familiarité…– est boulimique en tout : les soirées, les amis, les femmes, les bons repas, il se dit donc qu’il faut profiter de sa bonne fortune, et se lance dans l’aventure. Il déniche un terrain sur les hauteurs de la Seine dans l’ouest de Paris, à Port-Marly. Comme dans tout le Bassin parisien, les collines sont truffées de sources ; cela garantissait toute la verdure souhaitée au jardin « à l’anglaise » dont il rêvait – un jardin toujours magnifique un siècle et demi plus tard – mais allait poser pas mal de problèmes à son architecte, un dénommé Hippolyte Durand, qui ne jouissait pas d’une réputation faramineuse…
Milady et Lataupe…
 
Ida, qui a virevolté un bon moment parmi nous, nous apostrophant avec aplomb, nous prenant à témoin de sa mauvaise fortune, mais surtout rappelant d’une manière ludique les principaux points de la vie d’Alexandre Dumas, nous quitte comme à regret ; la visite « classique » peut reprendre.
Pas pour très longtemps, voici qu’arrive une splendide créature vêtue d’une robe à panier de couleur or, avec comme un air « surnaturel ». Pas surprenant, il s’agit de la réincarnation de Milady de Winter, l’une des principales héroïnes des « Trois Mousquetaires ».
Elle aussi va jouer avec merveille son rôle, dévoilant des aspects méconnus de la vie que lui a prêté Alexandre. Mais voici qu’elle est interrompue par une sorte de nabot tout courbé,  vêtu de noir, chapeauté d’un ridicule haut-de-forme, portant des lunettes grossissantes… C’est « Monsieur Lataupe », huissier de son état, mandaté par les innombrables créanciers de Dumas. Il va chercher à estimer, outre le mobilier, tout ce qui pourrait lui rapporter, même… Milady ainsi que les fameux ferrets de la reine ! Il repart bredouille, sous le regard sarcastique de la belle Milady…
La revanche de Dantès-Dumas…
 
Reprenons notre cheminement dans la demeure. Au deuxième étage, se trouve un salon mauresque du plus bel aloi, magnifiquement restauré par des artisans marocains dépêchés il y a quelques années par le roi Hassan II. Mais que fait cette pièce dans un ensemble renaissance ? Grand voyageur, Alexandre s’était rendu en Tunisie via…l’Espagne, Gibraltar, le Maroc, l’Algérie ! On a sous les yeux le passeport qui lui avait été décerné, requérant « l’assistance des autorités françaises et des pays amis »« Attention, presque tout est faux, y compris sa date de naissance », nous avertit notre guide.
C’est alors qu’un homme à la superbe prestance s’avance lentement vers nous. « Vous me reconnaissez ?», nous demande-t-il avec assurance. Non, mais, « je suis Edmond Dantès, plus connu sous le nom de comte de Monte-Cristo ». Et de nous conter avec force détails comment il est né sous la plume de Dumas, qui y trouva certainement une manière de prendre, par procuration littéraire, une revanche sur un Tout-Paris qui l’avait tout d’abord rejeté…
 
Chez Pierre et Hélène…
 
La visite s’achève, nous n’avons pas vu le temps passer grâce au talent des deux comédiens – passer d’un personnage à l’autre aussi rapidement, c’est bluffant – à la faconde captivante de notre guide. Je dois dire que j’avais déjà visité le château, mais je l’ai vraiment découvert cette fois. Encore une fois, nos « Trois Mousquetaires » à nous ont fait fort, et ils nous promettent déjà que pour l’an prochain, ils ont « des idées »…
Après une photo de famille sous les magnifiques frondaisons de ce parc, havre de paix au milieu du tumulte de la région parisienne, nous nous retrouvons sous d’autres frondaisons tout aussi magnifiques, celles du parc où se niche la maison de l’ami Jean Juras. Nous avions déjà eu l’occasion de la découvrir en mai 2014, lors de la visite du domaine royal de Marly-le-Roi, qu’elle jouxte. Dans le numéro 328 de « HAD », j’avais relevé que cette vaste demeure avait été celle de Pierre Lazareff, père de « France-Soir » et journaliste de télévision, ainsi que de son épouse Hélène Gordon, créatrice de « Elle ». Un lieu qui a vu défiler pendant près de trente ans tout ce que Paris comptait de célébrités, politiques et « people » confondus.
 
Un grand merci…
 
Les célébrités, c’était nous, cette fois-ci ! L’accueil que nous ont en effet réservé Jean Juras et son épouse Francine fut tout aussi royal qu’il y a deux ans. Avant les agapes, il revenait au père Michel Naudin (1946), notre doyen du jour d’entonner le Benedicite. En tant que président, je ne pouvais alors que féliciter les organisateurs de cette journée, rappeler que notre prochain rendez-vous serait le 1er octobre à Autun pour l’Assemblée générale, et lancer un appel à celles et ceux qui n’avaient pas encore réglé leur cotisation pour 2016, appel suivi de résultat, dans la bonne humeur !
Ensuite, la bonne chère concoctée par un restaurateur parisien de ses connaissances fut à la hauteur, tout comme les vins qui nous furent proposés – là, on fait une confiance aveugle à Jean. C’est la magie de ce genre de retrouvailles d’abolir le temps, de faire oublier les petits ou grands tracas de la vie quotidienne ; surtout, de se dire que nous avons la chance d’avoir été dans une Maison dont nous sommes fiers tant d’années après, parce qu’elle nous a beaucoup donné. Merci à nos « Trois Mousquetaires » parisiens d’y avoir, une fois de plus, contribué dans la joie et la bonne humeur…
 
Philippe ROY (1966)
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* L’ascendance d’Alexandre Dumas est assez complexe, mais pour faire simple on dira que son grand-père était un marquis désargenté, Davy de la Pailleterie, qui s’était réfugié à Saint-Domingue, où il avait eu, avec une esclave noire affranchie, Marie-Céleste Dumas, un fils, Thomas Alexandre, qui deviendra un brillant général pendant la Révolution ; sans doute au hasard d’une de ses garnisons, il épousa la fille d’un aubergiste de  Villers-Cotterêts. Avec une grand-mère noire, Dumas était donc un « quarteron »…
 
** Il ne s’agit pas d’une quelconque relation nobiliaire de Dumas, mais de l’auvent vitré surmontant la porte d’entrée ; il y a quelques années, lors de travaux sur la façade, la marquise était jonchée de gravats, on avait donc dit aux ouvriers « il faudra enlever tout cela », ce qu’ils firent consciencieusement en démontant cet ensemble de fer forgé et de verre… Le mal fut heureusement réparé un peu plus tard.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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