Le mot de la semaine "Paix"

(PR) – « Cessation de l’état de guerre entre deux ou plusieurs belligérants : négocier la paix ». Cette belle définition du Larousse résume tout à fait l’objectif que poursuit, depuis des décennies, la communauté de Sant’Egidio, à Rome. Chaque année, elle réunit pendant deux jours des personnalités attachées à ce merveilleux objectif qu’est la « paix ». Cette fois, c’est un dénommé Emmanuel Macron qui a été invité pour donner son avis sur « le cri de la paix ». Espérons que ce « cri » ne ressemblera pas au tableau de Munch…


   La paix, qui ne la souhaite ? Dans la vie privée, déjà. Pour un couple, elle est ce dont on rêve tous, afin de s’assurer une vie exempte de bagarres inutiles, qui débouchent sur des problèmes à répétition voire des drames. On a vu des familles se faire des « guerres » cruelles – généralement à propos d’héritages – et la « paix » n’est pas toujours facile à ramener…

   Mais les situations individuelles ne font que préfigurer ce qui peut se passer sur le plan social, où la « guerre » est plus souvent à l’ordre du jour que la « paix ». Les circonstances économiques l’expliquent la plupart du temps, et, selon les pays, leur histoire politique et sociale, il n'est pas facile de « pacifier »  les relations professionnelles ; c’est ce que la Suisse a pu faire en instaurant, en 1937, la « paix du travail » mettant en avant la négociation préférable à l’affrontement. Dans ce domaine, la France n’est pas près d’être médaille d’or…

  La « paix » sociale, c’est ce que recherchaient les jeunes qui, avec comme leader un gamin de 18 ans, Andrea Riccardi, ont découvert que « le tiers-monde était dans Rome ». Ils ont installé en 1970 leur mouvement dans un ancien couvent de carmélites et ils ont commencé à faire comme Coluche, servir des repas aux démunis…

   On est bien loin de ce qui se passe aujourd’hui ! Et c’est un homme hors du commun qui leur a fait découvrir ce pour quoi ils se battent désormais : la « paix » dans le monde. Cet homme, c’est le pape Jean Paul II qui, en octobre 1986, réunit à Assise des rencontres interreligieuses pour la « paix ». Vaste programme !

   A partir de ce moment-là, « l’ONU du Trastevere » ( du nom du quartier populaire de Rome où la communauté de Sant’Egidio a son siège), va s’efforcer de mettre en application ce programme de « paix » que le Souverain Pontife polonais n’a cessé de clamer tout au long de ses multiples déplacements, et que François a repris.

   Aujourd’hui, il y a un conflit qui aurait très certainement touché profondément Karol Wojtyla, c’est celui qui ensanglante l’Ukraine. Certes, les relations entre les deux pays ont été compliquées au cours des siècles, comme celles de toute la région d’ailleurs. La « paix » est un mot qui n’a pas souvent régné dans cette partie de l’Europe. Le vingtième siècle en a connu le paroxysme, avec les rivalités sanglantes entre le nazisme et le communisme.

  C’est parce qu’il n’a cessé de prôner, « quoi qu’il en coûte », de maintenir le dialogue avec Vladimir Poutine que le président français a été invité à s’exprimer au sujet d’une « paix » pour l’instant bien hypothétique…

  Dans son « Dictionnaire universel » de 1690, notre ami Antoine Furetière citait un exemple à la définition « paix » : « On ne fait la guerre que pour faire la paix ». On peut être d’accord avec cela, mais, avec l’Ukraine, quelle « paix » Stalpoutine entend-il faire ? Certainement pas celle qu’évoquait toujours Antoine en parlant de Louis XIV : «  Le Roy Tres-Chrestien a terminé heureusement la guerre par une glorieuse paix, il a donné la paix à toute l'Europe par la paix de Nimegue. ». Là encore, il faut relativiser…