Le mot de la semaine "Pont"

(PR) – « Ouvrage par lequel une voie de circulation franchit un cours d’eau, un bras de mer ou une dépression » : c’est la définition basique donnée par le Larousse (parmi bien d’autres) pour une construction qui est devenue, ces jours-ci, d’une actualité « brûlante » avec l’explosion ayant gravement endommagé un « pont » pas comme les autres : au-dessus du détroit de Kerch, celui-ci relie la Russie à la Crimée. Autant dire que, dans les conditions actuelles, ce n’est pas un ouvrage très touristique…


Il y en a un qui, bien évidemment, n’a pas du tout apprécié cet « incident », c’est notre « Stalpoutine ». Il y a de quoi : il venait de fêter son 70e anniversaire juste après avoir officialisé solennellement la « russification » de quatre régions arrachées à l’Ukraine ; d’un seul coup, voilà ue son « chef-d’œuvre », qu’il avait inauguré en grande pompe, en mai 2018, pour sceller définitivement le rattachement de la Crimée à la Mère Russie se voyait soufflé par un camion piégé comme dans n’importe quel pays « exotique » ! Staline et Beria ont dû se retourner dans leur tombe…

Le maître du Kremlin aurait pourtant dû savoir que, si édifier un pont est, en temps normal – de paix, donc – quelque chose qui doit être célébré puisqu’il facilite les échanges à l’intérieur d’un même Etat, les choses peuvent se compliquer si le contexte n’est plus le même. Une annexion qui n’est pas acceptée, l’utilisation de ce pont pour approvisionner ses troupes d’invasion… Il y avait de quoi susciter des actes de « terrorisme » ou de « résistance » – tout dépend de quel côté on se place…

Une chose est certaine, par leur nature même, les ponts ont souvent eu la vedette dans moult épisodes de l’Histoire. En effet, le défendant, on essaye d’empêcher l’invasion de son pays ; en toute extrémité, d’ailleurs, on « coupe les ponts » – expression devenue courante dans le langage diplomatique également.

Pour l’assaillant par contre, cela peut être l’occasion de briller et d’emporter l’affaire. L’une des images les plus célèbres est celle du général Bonaparte plantant un drapeau sur le pont d’Arcole, en 1796, galvanisant ainsi ses troupes, et commençant ainsi à forger sa légende. Le même, devenu Napoléon, eut de gros problèmes de « ponts » pour faire passer la Bérézina à ce qui restait de sa Grande Armée, lors de la retraite de Russie (déjà…) en 1812…

Sur le plan militaire toujours, le « pont », lorsqu’il est précédé par « tête de » peut signifier le début d’une vaste entreprise de débarquement sur des territoires ennemis. La plus célèbre étant celle du 6 juin 1944 où les Alliés réussirent à établir sur les côtes de Normandie cinq « têtes de pont » pour aboutir à la libération du continent européen du joug nazi.

Le mot « pont » a, heureusement, beaucoup d’utilisations civiles, dont certaines avaient déjà été relevées par l’ami Antoine Furetière, dans son « Dictionnaire universel » de 1690. Par exemple : « Dans les sciences, pont aux asnes, qui arreste d’abord les stupides et les ignorants » ; ou encore : « On dit qu'il faut faire un pont d'or à ses ennemis, pour dire qu'il leur faut donner la facilité de se sauver, quand ils veulent s'enfuir. » Les Ukrainiens l’ont bien compris puisqu’ils ont mis sur pied tout un système permettant aux soldats russes qui ne souhaitent pas laisser leur vie sur ou à côté du « pont » de Crimée, de déserter le plus discrètement possible. Donc de vraiment « faire le pont » en attendant la fin des hostilités…

On n’en est donc pas encore à danser sur le « pont », comme sur celui d’Avignon. Encore que celui-ci est trop étroit pour qu’on puisse y danser « tous en rond »…