Le mot de la semaine "Restos"

(PR) –  « Abréviation familière de restaurant, établissement commercial où l’on sert des repas contre paiement », nous disent les dictionnaires de référence. Ce qu’ils ne précisent pas, c’est qu’avec deux mots supplémentaires, les « Restos du cœur », c’est tout autre chose ! Une idée germée dans la tête d’un « mec » au cœur « gros comme ça ». Pour la trente-huitième année, les « Restos » vont reprendre du service cette semaine. Et ils ne sont pas prêts de fermer, hélas !


     Le terme de « resto » est très utilisé dans le langage courant. On ne le fera certes pas, bien évidemment, lorsqu’une ou plusieurs étoiles sont accolées par des guides gastronomiques au nom du dit restaurant… Par contre, un « bistrot » a de bonnes chances d’être également un « resto ». De même, les étudiants ont tous connu et connaissent encore le « resto U » qui, en général, n’a pas d’étoile. Quant à l’expression « on se fait un resto après le ciné », elle des plus courantes…

   Il n’y avait pas de « resto » au dix-septième siècle, mais à propos de « restaurant », notre ami Antoine Furetière note, dans son « Dictionnaire universel » de 1690, qu’il s’agit d’un « aliment ou remede qui a la vertu de reparer les forces perduës d'un malade, ou d'un homme fatigué. Un consommé, un pressis de perdrix, sont de bons restaurants. Le vin, l'eau de vie, les potions cordiales, sont de bons restaurants pour ceux dont les esprits sont épuisez. »

   A l’époque, on ne connaissait guère que les « tavernes », mais le principe était déjà le même : nourrir et abreuver quiconque avait des « sols » ou des « louis » à mettre sur la table. Pour les autres, ils se débrouillaient ou vivaient de la mendicité. Des congrégations religieuses s’efforçaient bien de subvenir aux besoins des plus miséreux qui ne pouvaient pas fréquenter les « restos » ; c’est allé comme cela, cahin-caha, au fil des siècles.

   A partir de la « belle époque », dans la plupart des pays européens, avec l’urbanisation croissante, les « restos » sont devenus de plus en plus nombreux. Il y avait des fréquentations différentes selon les quartiers et selon l’échelle sociale de ceux qui travaillaient à proximité, mais ne pouvaient rentrer chez eux pour déjeuner à midi. Le soir, c’était encore une autre clientèle, souvent plus fortunée…

   Il n’était pas encore question de « cœur » dans ces « restos ». Même si des « coups de cœur » ne manquaient pas de s’y nouer, on était loin de ce qui allait mener à la création de cette « chaîne du cœur » qui va commencer, pour la trente-huitième année, à venir en aide à toutes celles et tous ceux qui n’ont pas les moyens d’aller s’attabler dans un « resto » classique.

   Lorsqu’il avait commencé à faire parler de lui dans les années soixante-dix, Michel Colucci dit Coluche passait pour une sorte de clown amuseur, aux sketches que certains jugeaient « vulgaires » voire « racistes ». En juin 1979, il m’avait surpris, je l’avoue, en m’annonçant en exclusivité  qu’il serait candidat à l’élection présidentielle de 1981. On sait que cela n’alla pas plus loin…

   Je reconnais qu’après, je tournai la page. Mais, lorsqu’il lança, en septembre 1985, ce drôle de truc qui devint « les restos du cœur », j’ai recherché mes notes : « Je sais d’où je viens », m’avait-il dit, « je ne l’oublierai jamais, si je peux faire quelque chose pour les potes, je le ferai ». Il n’est plus là, mais ses « héritiers » suivent la voie qu’il a tracée. Et les besoins sont de plus en plus grands. Il y a même des « bébés repas ». Chapeau l’artiste d’avoir créé un si bel outil de générosité !