Le mot de la semaine "Sobriété"

(PR) – « Comportement d’une personne sobre ; modération, réserve (dans un domaine quelconque) » nous dit le Robert pour définir ce qui est devenu un slogan pour ces prochains mois, pour ces prochaines années – voire plus… De quoi faudra-t-il être sobre ? Des dépenses énergétiques ! Donc, ne pas abuser de l’électricité, du gaz, du pétrole. Bref, comme il y avait jadis « boire ou conduire, il faut choisir », il y a désormais « s’éclairer, se chauffer ou menacer la planète, il faut aussi choisir… »


Notre ami Antoine Furetière, dans son Dictionnaire de 1690, était déjà d’actualité lorsqu’il disait que la « sobriété » est une « vertu par laquelle on s'abstient de boire & de manger au-delà de ce qui est nécessaire pour vivre ». Après tout, ne peut-on pas transposer cette définition à l’attitude qui doit, désormais, être la nôtre, compte tenu des perturbations climatiques que nous endurons, et qui ne vont certainement pas aller en s’atténuant….

Mais, soyons clairs : si les appels à la « sobriété » énergétique se multiplient désormais, ce n’est pas parce que, d’un seul coup d’un seul, nos dirigeants auraient été convertis par les évidences que des scientifiques avançaient depuis des décennies. Que répétaient-ils ? Attention, les combustibles « fossiles » (charbon, gaz, pétrole) ne sont pas inépuisables, et, en plus, ils mettent à mal l’avenir de notre Terre, et donc le nôtre et celui de nos enfants.

Si les paupières se sont dessillées, c’est parce qu’en raison de la guerre en Ukraine, les prix de l’énergie ont augmenté vertigineusement. En plus, les robinets se ferment petit à petit ; d’où la perspective de manquer de ces précieuses ressources lorsque l’hiver sera venu. Pour parodier la fable d’un presque contemporain de Furetière, Jean de La Fontaine, nous fûmes un peu trop « cigales » pendant l’été des belles années, et la vilaine fourmi poutinesque nous envoie « danser maintenant » pour l’hiver qui vient…

Dans ces conditions, nous disent celles et ceux qui veillent sur nos destinées, finie la société de l’abondance, donc « sobriété avant tout, éco-no-mi-sons ! » D’accord, c’est raisonnable. Mais si l’on regarde l’Hexagone, au moment où l’on prodigue des conseils de sagesse, on baisse le prix des carburants de 30 centimes d’euros d’un seul coup, du jamais vu ! Résultat, des files d’attente devant toutes les stations-service, et les voisins suisses, allemands, belges accourent pour profiter de l’aubaine – ils auraient tort de s’en priver…

L’affaire est suffisamment sérieuse, en France du moins, pour qu’on ait organisé vendredi dernier un « Conseil de défense énergétique ». Le but ? Démontrer que, comme on l’avait fait face au COVID on ne se laissera pas déborder : si les Français sont obéissants et donc sobres, il ne manquera pas un mètre cube de gaz ou de pétrole pour affronter l’hiver !

Par contre, une sobriété qui n’est pas évidente, c’est celle que les responsables politiques devraient avoir en matière de comités, commissions ou autres conseils censés trouver des solutions à tous les problèmes. La France en est bien pourvue, et doit même être championne du monde dans ce domaine. La preuve ? Jeudi, le président Emmanuel Macron va mettre en place un « Conseil national de la refondation», sans doute empreint de bonne volonté, mais dont il restera à démontrer qu’il ne s’agit pas d’un nouveau « comité Théodule » , comme le disait le général De Gaulle. Il voulait ainsi parler de ces organismes qui ne servent pas à grand-chose. De ceux dont Clémenceau disait : « quand on veut enterrer un problème, on crée une commission ». Pour la sobriété aussi ?